Blog

Dans ce blog vous trouverez à la fois des informations sur les dernières formations que j'ai eu la chance de suivre mais aussi une bibliothèque des lectures qui m'inspire et des informations professionnelles.

Vous trouverez aussi le texte écrit par mon papa sur sa captivité. 

MÉMOIRE GRAUDENZ (1939-1945)

Mis à jour : juil. 16

Ce récit fait partie des derniers écrits de mon père avant son décès et je souhaite le partager, car il avait tout compris du web et pour lui c’était l’outil de la Mémoire, je le republie aujourd'hui où nous voyons ressurgir les extrêmes et la mémoire doit vivre.


René Berton

“Mon père, ce héros” … Ou pourquoi cette page ?


Non ! Mon père n’est pas un héros. C’est simplement un survivant d’une guerre atroce (comme toutes guerres, on est d’accord) et d’une captivité innommable.

Aujourd’hui des centaines de bonshommes ont souffert comme mon père de cette guerre. Beaucoup n’en sont pas revenus. Beaucoup en souffrent encore aujourd’hui. Ils souffrent des souvenirs de leur jeunesse envolée, où torturés par les nazis, la faim et la peur au ventre, ils résistèrent à l’inhumanité.


Mon père et ceux de sa génération se sont battus pour notre liberté.


Je vous livre ici son récit tel qu'il l'a écrit.



LA GUERRE :


Face à un ennemi implacable, surarmé, surentraîné, équipé d’armes modernes et motorisé à outrance, que pouvait espérer l’armée française si mal armée, dont la grande majorité de ses armes dataient de nos papas à la guerre de 14/18, et dont le moral était bercé de slogans mensongers :” Nous vaincrons parceque nous sommes les plus forts ”” La route du fer est coupée ”” Nos troupes se retirent en bon ordre , sur des positions préparées à l’avance “.


BIEN DES QUESTIONS SE POSENT :


Comment peut-on croire que notre État-major et nos gouvernants pouvaient ignorer la puissance militaire allemande ? Nos services de renseignements étaient-ils si nuls que cela ?


À moins que notre défaite n’ait été programmée à l’avance.

Comment peut-on expliquer que durant la débâcle, l’aviation ennemie qui était alors maîtresse du ciel s’acharnait sur les civils et dans bien des cas épargnait les soldats : pourquoi ?


Comment expliquer qu’en Allemagne 20 stalags, plus les oflags avaient été construits sur toute l’étendue de son territoire, qui attendaient-ils ?


Ce genre de camp à double rangée de barbelés ne pouvait passer inaperçu.

Comment admettre que nos ingénieurs en armement n’aient pas également conçu des armes modernes capables de rivaliser avec celles de l’ennemi, à moins qu’elles aient été entreposées dans les arsenaux , mais à la disposition de qui ?

La débâcle alors bien orchestrée, rabattait en général tous les soldats français en détresse vers des villes déjà contrôlées par l'ennemi, désignées sous le nom de, “villes ouvertes”.


C’était peut-être cela les positions préparées à l'avance ?


Ce sont toutes ces questions gênantes qui mettent en cause les grands responsables, qui font, que depuis 1945, on refuse la parole à ces anciens prisonniers de guerre français afin qu’ils se taisent, eux qui furent les premières victimes de cette guerre et qui durent attendre cinq longues années pour retrouver la liberté.


Ne croyez-vous pas qu’à leur retour ils aient pu être traumatisés par cette période qui n’en finissait pas et qui chaque jour grignotait leur jeunesse ?


LES STALAGS ET LA CAPTIVITE :


Après avoir été dirigés dans ces goulots parfaitement contrôlés par l’ennemi, sans nourriture et sans hygiène, désarmés, complètement désœuvrés, démoralisés, eux aussi furent traînés sur les routes par marches successives de plus ou moins 25 kilomètres jour et parqués les nuits dans de grands champs repérés à l’avance par l’ennemi et sous bonne garde.


À l’heure du couvre-feu, les mitrailleuses se mettaient en batterie et par salves successives à mi-hauteur au-dessus de nos têtes, dissuadaient ceux qui auraient eu l’intention de s’évader.


Les marches avaient pour but de les rapprocher au plus près de leur frontière ;


Lors des premiers contacts non belliqueux de ces soldats victorieux, ils nous déclaraient dans un mauvais français : “pour vous guerre finie et bientôt, retour Parisss”.


Avant d’être transférés en Allemagne, un nouveau slogan encore plus mensonger nous attendait “Afin de pouvoir vous renvoyer dans vos foyers, il faut que vous soyez, pour respecter les accords de Genève contrôlés par une NATION neutre : la SUISSE“;


Comment ne pas les croire même s’ils affirmaient qu’il était plus facile de passer par chez eux ;


Voyage en wagons à bestiaux, qui dès le passage de la frontière étaient la cible des jets de pierres des gamins allemands.


C’est seulement à ce moment-là que l’on réalisa l’étendue de notre naïveté. Ces merveilleux camps entourés de barbelés n’étaient pas seulement un transit vers la SUISSE. Bien gardés par des sentinelles en armes, surveillés du haut des miradors équipés de mitrailleuses, ce n’était pas pour rire qu’ils nous accueillaient, et certainement pour longtemps.


On découvrit alors que les stalags étaient implantés de telle sorte qu’ils couvraient tout le territoire, permettant de distribuer et de contrôler cette main-d'œuvre. Nous comprenions que nous allions être exploités gratuitement. Partout où un prisonnier sera employé, il remplacera un ou plusieurs travailleurs allemands.


Ainsi Hitler grossissait ses effectifs militaires, ce qui lui permettrait de poursuivre et de mener à bien la tâche qui lui était assignée.


Les prisonniers allemands captifs en FRANCE se plaignaient de ne pas savoir combien de temps leur captivité durerait ?


Croyez-bien que nous nous sommes posés la même question pour nous elle dura CINQ très longues années.


LE TRAVAIL ET SA REPARTITION :


Pour nous employer pour eux c’était simple, partout, où la main-d'œuvre allemande était mobilisée, il fallait la remplacer. L’industrie avait de grand besoin de production, voirie routes et autoroutes devaient être entretenues, afin d’assurer le ravitaillement et le passage des troupes et du matériel. Bûcherons, maçons et tout travailleur du bâtiment étaient nécessaires, et encore plus par la suite, pour le déblaiement et la reconstruction. Les artisans n’étaient pas oubliés, selon les corps de métiers, les spécialistes ne manquaient pas.


Mais la plus importante main-d'œuvre allait à l’agriculture afin d’assurer le ravitaillement des troupes et de la population.


Nombreux étaient ceux qui se disaient agriculteurs, et pour cause, c’était l’endroit où les risques de famine étaient le moins important. Les grandes fermes employaient de gros contingents de prisonniers, quant aux petites, qui étaient les plus nombreuses, les deux bras du patron faisaient encore plus défaut, il fallait donc impérativement les remplacer. Les camarades cultivateurs furent en grand nombre affectés dans ces fermes, et ils remplacèrent facilement, par leurs connaissances et l’amour de la terre, l’homme manquant.


Hélas ils ne se rendaient pas toujours compte qu’ils produisaient pour le Reich.


Peut-on leur jeter la pierre, certainement pas, car pour eux c’était leur métier et aussi une sécurité.


Dans les stalags au fil des années qui passaient les prisonniers s’organisaient, faisant appel aux connaissances de chacun, ils créèrent des écoles de toutes sortes, école française, école des langues étrangères, cours d’allemand, et les conférenciers rivalisaient de prouesses Il y eut comme en FRANCE quelques collaborateurs, qui contribuèrent à imprimer le fameux journal “Le Trait d’Union”, contrôlé comme il se doit par les Allemands. Beaucoup de propagande pour le maréchal Pétain, dont la photographie ornait obligatoirement toutes les chambres avec la dédicace “Prisonniers, vous êtes le meilleur de moi-même”, suivie de sa signature.


Ce n’était cependant pas leurs seules occupations, car si les uns étaient employés au stalag, les autres sortaient travailler à l’extérieur tous les matins et il y avait aussi les corvées dont certaines étaient effectuées à la demande des civils même le dimanche et les jours de fêtes.


LES EVASIONS :


Si au début peu tentèrent l’évasion, ce fut pour deux raisons : la première était l’illusion de croire encore que cette guerre ne pouvait s’éterniser, ((toujours aussi naïfs), la seconde était due à une circulaire qui déconseillait l’évasion en raison des risques encourus, car les sentinelles avaient ordre de tirer à vue.


Mais le pire était en cas de succès de l’évasion, la menace de remplacer l’évadé par une personne de sa famille “voire même votre père”, ce qui leur était facile puisqu’ils occupaient une grande partie de la France.


Cependant dans les années qui suivirent plus personne ne croyait à cette menace et les évasions s’organisèrent, il y eut même des réseaux d’évasion qui se constituèrent. A la belle saison, de l’avis même des Allemands, ils évaluaient jusqu’à 20 000 par jour ceux qui arpentaient les routes, les champs et les bois, voire même les chemins de fer.


LA REPRESSION :


Les Allemands avaient prévu de nombreuses parades, assurés qu’ils étaient d’avoir un grand nombre de prisonniers de guerre à gérer.


Peut-être seulement n’avaient-ils pas prévu l’incroyable audace des prisonniers qui tentaient la “belle” et dans ce domaine ils furent dépassés. Aussi pour dissuader les récidivistes, ils créèrent le fameux camp de RAWA RUSKA qui se situait au-delà de la frontière RUSSE.


Bien d’autres camps de représailles voir même disciplinaires étaient répartis sur toute l’Allemagne, citons par exemple FISCHBACH, réputé pour ses travaux forcés ou IENA dont les détenus étaient employés dans l’usine ZEISS, ces deux camps parmi tant d’autres étaient réservés aux réfractaires et aux évadés récidivistes.


Lors du recensement des prisonniers de guerre français à leur entrée en Allemagne, ils leur faisaient signer une circulaire, qui le moins qu’on puisse dire n’honorait pas la confiance qu’ils avaient en leur population. Peut-être cette circulaire était-elle dûe à la conduite des femmes allemandes avec les prisonniers de guerre français lors de la guerre de 14/18.


Sous le terme VERBOTEN la circulaire stipulait et ouvrait la voie à la délation alors très encouragée dans ce pays;


“TOUTES RELATIONS DES PRISONNIERS DE GUERRE FRANCAIS AVEC LA POPULATION ALLEMANDE EST INTERDITE.S’APPROCHER OU CAUSER AVEC LES FEMMES ET LES JEUNES FILLES ALLEMANDES EST STRICTEMENT DEFENDU.TOUT CONTREVENANT S’EXPOSERA A UNE PEINE SEVERE ALLANT DE DIX ANS DE PRISON A LA PEINE CAPITALE ET ENTRAINERA SYSTEMATIQUEMENT DE PART SA MAUVAISE CONDUITE DES SANCTIONS CONTRE LA PERSONNE FAUTIVE ALLEMANDE.LOI VOTEE PAR L’O.K.W. N° 90 OU 92 DU 10 JANVIER 1940.”


Soit très exactement CINQ MOIS JOUR POUR JOUR AVANT LEUR ATTAQUE ET LEUR DEFERLEMENT SUR LA FRANCE.


Cette circulaire inique confirme bien le manque de confiance envers leurs femmes et les jeunes filles allemandes et la date de :


LA LOI VOTEE PAR L’O.K.W. DU IO JANVIER 1940 PROUVE BIEN QU’IL Y AVAIT CONNIVENCE. MAIS AVEC QUI ???


Il y eut de nombreux cas de relation de prisonniers de guerre français avec les femmes et les jeunes filles allemandes, cependant ce ne furent pas toujours des rapports amoureux comme l’affirment la plupart des historiens lorsqu’ils y font allusion.


Dans bien des cas, c’était pour le prisonnier de guerre français, une ouverture sur l’évasion, car comment envisager une évasion avec sur tous leurs effets un grand "K.G." (Kriegs-Gefangenen) qui se voyait facilement de loin sans les remplacer par des vêtements civils.


Mis à part quelques histoires genre “la vache et le prisonnier”, le seul moyen de se procurer des vêtements civils, c’était bien auprès d’elles qu’ils en avaient la possibilité.


Mais il ne faut pas croire qu’il suffisait de leur demander, il fallait les séduire, et cela était facile puisqu’elles ne demandaient que cela. C’est seulement en rusant et prétextant du besoin d’avoir des vêtements pour les rejoindre que l’on obtenait satisfaction. Ceux qui n’ont envisagé que les rapports amoureux, ne sont pas à blâmer car ils avaient vingt ans et ils étaient loin de leur famille.


Ceux qui durant cette guerre sont restés en ANGLETERRE ou en FRANCE ne s’en sont certainement pas privés, et dans bon nombre de cas, ils ne s’occupaient pas de savoir si c’était une femme de prisonnier ou même une fiancée.


Ceux qui dans les fermes “remplaçaient” le patron et qui étaient surpris ou dénoncés, n’étaient en général pas poursuivis, simplement ils étaient éloignés en les changeant de ferme, car ils étaient trop indispensables dans celles-ci.


Quant à ceux qui s’évadaient avec des effets civils, s’ils étaient repris, ils étaient alors malmenés pour savoir auprès de qui ils les avaient obtenus, et systématiquement une enquête était ouverte, c’est bien rare s’il n’y avait pas dénonciation vraie ou fausse. (et souvent par jalousie ).


Dans le cas où ils étaient présumés coupables, le prisonnier était traduit devant les tribunaux militaires nazis, elle, qui dans la majorité des cas avouait par peur des coups voire même de la torture, était alors traînée dans les rues avec une pancarte devant et derrière indiquant qu’elle avait couché, (vrai ou faux) avec un prisonnier de guerre français, puis traduite devant un tribunal civil, elle était elle aussi punie sévèrement


Le sadisme des interrogatoires était tel qu’il n’avait généralement aucun rapport avec la réalité, pour s’en convaincre, il suffit d’interroger le puni par rapport à son jugement établi par les nazis et archivé aux Archives Nationales.


LA DEPORTATION EN POLOGNE GRAUDENZ: DÉNOMMÉE LA “FORTERESSE DE LA MORT LENTE”


La ville de GRAUDENZ était désignée comme la ville prison pour son nombre d’établissements pénitenciers.


La forteresse avait été mise à la disposition des autorités militaires nazies, dès 1941, pour y incarcérer les prisonniers de guerre français condamnés.


Cette forteresse servait déjà à l’emprisonnement des soldats réfractaires ou aux militaires allemands ayant commis quelques larcins.


Il n’était pas rare la nuit d’être réveillés dans les cellules par l’écho lugubre du bruit des armes automatiques des gardiens, qui toutes les nuits fusillaient un certain nombre de leurs compatriotes.


À cette époque, on y apercevait aussi des soldats de la L.V.F., mais nous ne savions pas pour quelle raison.


Les prisonniers de guerre français condamnés étaient alors déportés en POLOGNE dans cette forteresse et ses annexes pour y accomplir leur condamnation.


Dès l’entrée dans la forteresse, les gardiens allemands se ruaient sur les prisonniers de guerre nouvellement arrivés et les passaient à la fouille et cela jusqu’au plus profond de leur intimité.


À part leur tenue militaire et quelques effets vestimentaires, tout, absolument tout, leur était supprimé : objets personnels, montre, couteau, lames de rasoir, tabac et cigarettes, allumettes, briquet, livres et toutes lectures, papier à lettres, crayon, plumes sans omettre toute nourriture quelqu’elle soit, qu’ils aient pu emporter avec eux.


Les paroles d’accueil du commandant ROZE qui commandait la forteresse étaient des plus rassurantes “VOUS ETES DE LA VIANDE MORTE POUR VOS FAMILLES“, sans commentaire.


Le sadisme de nos geôliers n’avait pas de limite, leurs coups pleuvaient sur nos corps décharnés, quant à leurs hurlements, ils étaient comparables à une meute de chiens qui partait pour une chasse à courre.


Les exercices, dont le fameux, “MARCH-MARCH” leur était le plus familier, c’était chaque jour qu’ils y étaient contraints, et cela à de nombreuses reprises.


Même la nuit, ils les réveillaient sournoisement et les contraignaient à l'exécuter, nus pieds, en caleçon, et par tous les temps, pluie, boue, neige, glace et souvent par moins -25° sans oublier le vent violent de la Vistule, qui s’infiltrait facilement dans leurs effets sur leurs corps glacés.


Quant à la nourriture n’en parlons pas, elle était pratiquement inexistante, le matin un demi-litre d’eau tiède soi-disant aromatisé avec de l’orge grillé, le midi un demi-litre de soupe faite avec quelques kilos de rutabagas dans une grande quantité d’eau.


Ces deux breuvages incolores, n’avaient ni goût, ni odeur, et comme les colis personnels, ceux de la Croix Rouge Française et de la Croix Rouge Internationale étaient “INTERDIT”, ils dépérissaient à vue d’oeil.


En deux mois chacun perdait de 30 à 35 kilos de son poids initial, ils devenaient alors des squelettes ambulants. Le courrier était très rare, et pour ceux qui arrivaient, ils devaient attendre plusieurs mois avant d’en recevoir, et encore à condition que la censure ne le supprime pas, car il n’était pas rare, lorsque que par chance une lettre arrivait qu’elle ait de nombreuse lignes effacées.


De cette forteresse de GRAUDENZ, 17 annexes en dépendaient, c’est ainsi qu’au sud de la POLOGNE, des camarades dépendaient des camps d’EHRENFORST, de HEYDEBRECK et de BLECHHAMMER, c’est d’abord dans ce pays BLECHHAMMER qu’existait une usine I.G. FARBEN et où tous les incarcérés de ces camps travaillaient.


Employés à la terrasse principalement et à d’autres dures corvées, de loin ils cotoyaient les jeunes juives qui dépendaient du camp d’AUSCHWITZ et de BIRKENAU, elles-mêmes employées dans cette usine.


Madame Simone VEIL, qui a reconnu avoir travailler dans cette même usine, ne savait pas que les prisonniers qu’elle apercevait de loin étaient des prisonniers de guerre Francais punis et soumis au même régime, chambres à gaz et fours crématoires en moins.


Ce qui, à l’époque, ne nous paraissait pas un détail ! (Se reconnaîtra qui veut.)

Dans le nord du secteur de la forteresse, elle-même située dans le fameux couloir de DANTZIG, les prisonniers punis ont été contraints de construire une digue de plusieurs kilomètres de long, pour protéger les récoltes contre le débordement de la Vistule au moment de la fonte des neiges.


Bien des Polonais aujourd’hui ignorent que cette digue qui protège leurs récoltes a été construite par des forçats prisonniers de guerre, avec leurs mains et leurs larmes.


CONCLUSIONS ET COMMENTAIRES :


Ce récit bien modeste et surtout bien incomplet, survole cette période de la captivité, et compense quelque peu le mutisme incompréhensible que la FRANCE reconnaissante” observe à leur égard ; c’est pourquoi des commentaires s’imposent :


En premier lieu, je souhaiterais citer Monsieur POIGNY, Officier français membre actif de la mission SCAPINI, qui déclarait en 1985, au sujet de la Prison Forteresse de GRAUDENZ :“Je ne comprends pas pourquoi GRAUDENZ a été plus ou moins éclipsée des livres sur la captivité, car c’était sûrement le camp le plus dur de tous les camps. J’ai souvent visité GRAUDENZ et ses Annexes, chaque fois j’y ai laissé un peu de moi-même; j’ai beaucoup oublié, car j’ai maintenant 70 ans, mais il me reste une certaine amertume et le sentiment d’une injustice vis-à-vis de GRAUDENZ.”


À la lecture de cette déclaration, il faut préciser que la mission SCAPINI n’eut l’autorisation de visiter ces camps, GRAUDENZ et ses Annexes qu’en fin d’année 1943 ; qu’auraient pensé cette mission et cet officier français s’ils avaient visité ces camps au cours de l’année 1942 ?


Ils auraient alors pu se rendre compte dans quel état de maigreur ces hommes prisonniers de guerre punis, certes, étaient contraints de travailler à bout de force par toutes les intempéries et sous les coups.


Une autre visite sensiblement à la même époque, mais cette fois par la Croix Rouge de GENEVE ; au camp de STEINDORF, annexe de GRAUDENZ.


À la question, “vous n’avez rien à déclarer”, je suis sorti des rangs vivment repoussé par l’un des membres de cette commission qui me déclara, “nous ne pouvons rien pour vous, car du fait d’avoir enfreint les lois allemandes, vous êtes considérés par votre gouvernement de VICHY comme ressortissants allemands”.


Sans commentaire, si ce n’est que je cherche encore aujourd’hui le sens de cette question. Enfreindre les lois allemandes en leur tenant tête, refuser de travailler, contredire un interlocuteur, s’évader, étaient-ce les raisons d’être considéré comme ressortissant allemand ?


Ces écrits historiques, mais bien incomplets mériteraient d’être complétés, car beaucoup d’évènements sont passés sous silence, le but est de montrer au monde ce que la FRANCE cache à son peuple en refusant de tendre le micro, à ces prisonniers de guerre français, qui furent les premières victimes de cette guerre et dont chaque famille française était touchée, par l’absence de l’un des leurs, en captivité.


Ces hommes qui n’ont jamais quitté l’uniforme français durant ces cinq longues années, n’auraient-ils pas droit à la reconnaissance de leur Patrie, d’autant qu’ils ne sont pas responsables de cette guerre et encore moins de la défaite de la FRANCE.


Seraient-ils eux aussi des détails pour nos gouvernements successifs ?


Ce mutisme sur leur vie là-bas est bien orchestré et doit bien avoir une raison qui interdit qu’on leur donne la parole ?


Qui controle cette interdiction qui se perpètue ?


Malgré la grande richesse de la langue Française, l’on ne peut découvrir de mots assez puissants et explicites, pour que le lecteur comprenne vraiment ce que fut le calvaire, de ces jeunes hommes en exil et qui ont perdu les plus belles années de leur jeunesse, pour rien, seuls les mots CALVAIRE et ENFER ont une signification.


À ce récit nous devons associer nos camarades BELGES, prisonniers de guerre aussi, qui partagèrent nos cellules et ces incroyables épreuves.


Je suis un prisonnier de guerre parmi tant d’autres approuvés, et encouragé par de nombreux camarades à faire cet exposé historique et authentique qui survole la captivité.


Cela compensera un peu le mutisme incompréhensible que la PATRIE, reconnaissante observe depuis leurs retours en 1945.


LA OU LA FRANCE DIT “NON” INTERNET DIT “OUI”, mais cette fois, j’espère que ce sera le monde entier qui en prendra connaissance, et jugera ?


BERTON René

24 vues

+33 (0)6 82 68 69 83

  • Twitter - Cercle blanc
  • LinkedIn - Olivier Jourdan Berton

©2020 by Olivier Jourdan Berton.